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La chasse au MOT

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Les chroniques des Necrals
Première chronique des Necral : Prisonnière


   Il fait beau dans les montagnes. Les serviteurs s'affairent dans tout le château.
   La duchesse est en train de mettre au monde son huitième enfant...
   Je vois la lumière pour la première fois.
   Je respire mes premières goulées d'air.
   Ma mère me prend dans ses bras.
   Je suis fatiguée et le sommeil m'emporte.

   Il fait noir, mais mes yeux voient. Je viens de me réveiller, mais où suis-je ?
   Je suis dans un endroit vraiment petit... Je peux à peine relever la tête...
   J'ai soif ! Mon corps réclame son dû.
   Mes pensées sont troubles...
   La soif se fait sans cesse plus forte !
   Je n'arrive plus à penser clairement...
   J'ai mal ! Cette soif me dévore de l'intérieur !
   Mes yeux ne voient plus rien...
   La souffrance est insoutenable !
   Ma conscience se dissout...
   La douleur reflue...

   J'ai quatre ans. Aujourd'hui est un jour important...
   C'est le mariage de mon frère Strad. Tout le monde est heureux au château.
   On me prend par le bras.
   "Viens, c'est l'heure d'enfiler ta robe !"

   Nous sommes maintenant tous assis dans le temple. Le prêtre de Gondta, dieu des montagnes et des pierres procède au mariage de Strad et de Lia.
   Mes paupières sont lourdes...
   Je m'endors sur ma chaise...

   Je reprends conscience.
   Ma petite cellule de pierres est toujours aussi sombre. La soif est toujours là, mais elle se fait moins insistante.
   Je peux à nouveau penser.
   L'air est humide et froid, mais mon corps n'en est pas gêné...
   Une odeur désagréable de moisissure et d'humidité flotte dans l'air...
   J'arrête de respirer, je n'en ai pas besoin de toute façon...
   La soif revient, de plus en plus forte !
   Ma conscience se perd à nouveau sous l'effet de la douleur...

   J'ai six ans. Ma grande sœur Misa vient me chercher : un messager vient d'arriver du château de Morach, où Strad vit depuis son mariage avec Lia, qui en est l'héritière.
   Nous arrivons dans le grand salon. Tout le monde est déjà là.
   Ma mère nous annonce la nouvelle : Strad et Lia ont eu un fils. Il se nomme Imral...
   Drôle de nom...
   Mais c'était le nom du grand-père de Lia, m'explique Misa...

   L'atmosphère n'a pas changé.
   Il fait toujours aussi noir et humide...
   Aucun son ne filtre des parois.
   La soif se fait discrète et j'en profite pour tâter les murs à la recherche d'une issue...
   Rien ! Toutes les pierres semblent soudées.
   J'ai beau frapper de toute la force de mes bras, rien à faire, pas une ne bouge !
   Je me suis écorché la main et un peu de sang affleure. Je la porte à ma bouche et lèche le sang du bout de ma langue desséchée...
   Ce goût est si bon, l'odeur si enivrante ! Mais ma blessure est déjà refermée...
   La soif revient, écrasante !
   Je sombre à nouveau...

   J'ai onze ans aujourd'hui.
   J'espère que mon père sortira de son bureau pour la fête, cet après-midi !
   Depuis qu'il a découvert il y a quelques mois ce vieux grimoire dans une salle secrète du château, il passe presque tout son temps dans son bureau...

   La fête est finie, mais mon père n'est pas venu...
   Avant qu'il ne trouve ce grimoire, il jouait souvent avec moi...

   Qui suis-je ?
   Je suis ici, seule, depuis si longtemps que j'en ai oublié jusqu'à mon nom...
   Quand je fouille ma mémoire, j'y trouve des visages, des noms... Mais comment savoir si l'un d'eux est le mien ?
   Dans ma concentration, je n'ai même pas remarqué que je me suis mordu la langue...
   Mes canines y ont percé deux petits trous et un peu de sang pâteux coule dans ma bouche avant que les blessures ne se referment presque instantanément.
   La soif m'engloutit à nouveau...

   Dix mois ont passé depuis mon onzième anniversaire.
   Mon père sort de son bureau. Il a changé...
   Sa peau est pâle. Une aura de puissance l'entoure...
   "J'ai réussi, ma petite Joséphine ! J'ai réussi !", s'exclame-t-il.
   Il me prend dans ses bras. Il est fort ! Très fort ! Bien plus fort qu'il ne l'était jusqu'à présent...
   Mais c'est avec douceur qu'il m'embrasse à la base du cou...
   Je sens deux légères piqûres... Mes forces m'abandonnent progressivement...
   Il s'est entaillé le cou du bout de l'ongle. Je bois son sang avidement.
   C'est si bon ! Je le sens s'écouler en moi, ce sang au parfum enivrant.
   Il m'emmène jusqu'à son bureau. Dans le mur du fond, il ouvre une porte secrète.
   Alors que l'aube pointe ses premiers rayons dehors, il referme la porte derrière nous...
   Il fait noir. Il m'allonge à coté de lui, sur le sol de pierres froides.
   "Dors, ma chérie.", me dit-il, tandis qu'une douce torpeur s'empare de nous...

   Joséphine.
   Tel était mon nom quand j'arpentais encore le monde extérieur.
   La soif reste discrète...
   A chaque réveil, j'ai l'impression qu'elle est plus lente à m'emporter...
   Le temps la fera-t-il disparaître ?
   J'en doute... Elle est trop profondément ancrée en moi pour disparaître comme ça...
   Elle revient !
   Je fuis à nouveau dans l'inconscience...

   Cela fait maintenant près d'une semaine que père m'a transformée.
   Les jours qui suivirent, il transforma un à un les membres de notre famille.
   Depuis, les serviteurs du château nous appellent "Vampires".
   Ils nous craignent, car nous buvons leur sang.
   Je relâche la jeune servante au cou de laquelle je viens de me nourrir.
   Elle s'enfuit d'un pas rendu hésitant par la faiblesse qui accompagne la perte de sang.
   Père nous a formellement interdit de tuer qui que ce soit.
   Nous n'en avons en effet pas besoin, quelques gorgées seulement suffisent à repousser la soif pour une nuit entière.
   L'aube approche. Il est temps de retourner dans ma nouvelle chambre, dans les souterrains du château, à l'abri de la lumière du jour.

   Depuis combien de temps suis-je enfermée ici ?
   Cela pourrait faire quelques années seulement... ou bien des siècles...
   Je n'ai aucun moyen de le déterminer, car il y a bien longtemps que je ne suis plus soumise au rythme des journées... Au début, la journée s'accompagnait d'un profond sommeil... Mais ces trop nombreuses journées passées loin de la surface m'on fait perdre ce lien...
   Maintenant, seule la soif rythme ma vie...

   Cela fait maintenant plus d'un an que père nous a transformés. La nuit vient de tomber et le jeune serviteur dont je bois quelques gorgées de sang se laisse faire. J'ai appris à ne plus leur faire mal lorsque je me nourris d'eux. Ils sentent à peine la piqûre de mes canines qui percent leur peau fragile. Et lorsque je relâche mon étreinte, ma salive referme les blessures en quelques instants...
   Misa et sa jumelle Sara viennent me chercher. Elles sont affolées. Il s'est passé quelque chose de grave.
   Nous arrivons au sommet du donjon. Mère pleure, sa tête enfouie dans les bras de père.
   Sara me désigne une forme noire au centre de la plate-forme.
   Je m'approche.
   Cette chose a forme humaine... On dirait les restes d'une statue de bois que le feu n'aurait pas entièrement consumée.
   Autour de son cou, il y a un médaillon en forme de dragon...
   C'est mon frère Nicolae qui est étendu là...
   Je pleure à mon tour. Mes larmes écarlates ont l'odeur enivrante du sang...
   Je regarde les autres tour à tour...
   "Comment ?", parviens-je à articuler.
   Après un silence tendu, mon grand frère Mikaïl me répond enfin :
   "Il n'est pas descendu dans sa chambre ce matin... Un suicide... Sûrement..."
   Dans sa voix, il me semble déceler une joie mauvaise.
   Personne ne semble l'avoir remarquée... J'ai dû me tromper...

   Un souvenir traverse mon esprit embrumé par la soif.
   Ma nature vampirique me donne plusieurs pouvoirs...
   Je me concentre. Je parviens à me métamorphoser en brume avec une facilité étonnante, étant donné le temps écoulé depuis ma dernière métamorphose.
   Mais, comme je le craignais, les pierres sont parfaitement jointives... Pas le moindre interstice où me faufiler.
   Je reprends ma forme humaine. La transformation m'a épuisée.
   Je n'ai plus la force de résister et la soif m'emporte à nouveau...

   Deux ans ont passé.
   Mon impression au sujet de Mikaïl semble se confirmer...
   Il y a une certaine sauvagerie en lui, une haine cachée, une ambition dévorante...
   Lui seul, parmi nous, se nourrit sans la moindre douceur au cou des servantes.
   Père l'a remarqué aussi et a envoyé Mikaïl attaquer le duc de Malgavie, un ennemi héréditaire depuis des générations. Il espère ainsi canaliser la sauvagerie de Mikaïl...

   Trois semaines se sont écoulées. Mikaïl a conquis la Malgavie et a massacré tous les occupants du château, jusqu'au moindre serviteur, se nourrissant de leur sang en leur faisant subir les pires souffrances.
   Père s'inquiète. Mikaïl est fort et ambitieux... Il risque de vouloir nous éliminer pour régner seul... Comme il a probablement éliminé ce pauvre Nicolae…

   Pour la première fois depuis si longtemps, il me semble entendre des sons provenant de l'extérieur de ma prison.
   Des êtres puissants se trouvent au delà des parois de pierres noires...
   Je sens leur aura et les forces magiques qu'ils déploient...
   Sont-ils en train de me libérer ? Vais-je enfin pouvoir sortir ?

   Quatre autres années se sont écoulées.
   Mikaïl assiège le château avec son armée. J'avais raison, son ambition l'a emporté sur les liens du sang.
   Nous sommes dans la cour. Père a ordonné l'évacuation du château.
   Soudain, la grande porte cède aux assauts des démons invoqué par la sombre magie de Mikaïl.

   La bataille est finie. Sara et Misa ont réussi à fuir. Père et mère sont prisonniers. Tout le monde pense que j'ai fui avec mes sœurs, mais je suis toujours là, cachée dans l'ombre...
   Mikaïl vient de saisir mère, il est en train de boire son sang, de s'approprier sa force.
   Mère s'écroule, exsangue, et Mikail se tourne vers père, ordonnant à ses hommes de détruire le corps de mère.
   Il va le tuer, lui aussi ! Je dois intervenir !
   Je me change en loup et je fonds sur Mikaïl.
   Je ne suis pas de taille à le vaincre, mais l'effet de surprise permet à père de se dégager.
   Je lui hurle d'emmener mère en lieu sûr. Je ne tiendrais pas longtemps.

   Ils ont pu fuir. Je ne sais pas si mère vit encore...
   Je suis prisonnière, trop blessée et épuisée pour résister.
   "Maudite sois-tu !", hurle Mikaïl, rouge de colère. "Par ta faute, ils ont pu s'enfuir !" Après quelques instants il ajoute : "Tu mérites un sort pire que la mort."
   Dans ses yeux brille une lueur sadique.

   Ils me traînent dans les sous-terrains du château. Nous traversons des tunnels secrets dont je ne connaissais pas l'existence.
   Nous arrivons dans une petite salle, dépourvue d'ornements. Devant nous, il y a une petite porte de pierres. Mikaïl l'ouvre et ses soldats me jettent dans la minuscule cellule qui se trouve derrière.
   "Tu passeras ici tout ce qui reste de ton éternelle existence.", me dit-il, une joie malsaine illuminant ses yeux rouges.
   Il a refermé la porte. Je n'ai pas la force de m'en sortir. J'entends des bribes d‘un rituel magique. La porte se scelle à la pierre. Je suis prisonnière au cœur de la montagne.
   J'entends le fracas lointain d'un gigantesque éboulement.
   Puis plus rien. Le silence envahit ma cellule...

   L'un des murs de ma prison s'ouvre. Des mains me tirent doucement vers l'extérieur.
   Sara et Misa sont là. Leurs corps affichent toujours les dix-huit ans qu'elles avaient lors de leur transformation, il y a si longtemps. Leur peau est pâle et légèrement bleutée et leur muscles semblables à la pierre. Mais leurs yeux verts étincellent de vie.
   La joie de me revoir illumine leur visage. Mais la tristesse et la pitié que leur inspire mon corps desséché ternissent leur éclat...
   "Tiens, bois", me dit Sara de sa voix douce, en me tendant son bras.
   Je bois avidement son sang délicieux. Cela fait si longtemps que la soif me tenaille !
   "Laisse m'en un peu...", me dit-elle en souriant, avant de retirer son bras de ma bouche, les trous creusés par mes canines disparaissant instantanément.
   Pour la première fois depuis si longtemps, je me sens bien. La soif s'est apaisée et mes muscles et ma peau desséchée se régénèrent lentement.
   "Il te faudra quelques temps pour récupérer complètement.", me dit Misa.
   Après un silence, je pose la question qui me hante :
   "Combien de temps ?", parviens-je à articuler.
   "Sept cent quatre-vingt-trois ans...", répond Sara. "Nous te croyions morte... Nous n'avons appris que récemment que tu avais été enfermée et il nous a fallu du temps pour trouver ta cellule dans les ruines du château et briser l'enchantement qui la maintenait fermée..."
   "Nous allons te conduire dans la forêt.", ajoute Misa. "Tu pourras y recouvrer tes forces en sécurité... Dors maintenant.", conclut-elle en récitant rapidement la formule d'un sort de sommeil régénérateur.
   Pour la première fois depuis des siècles, la soif me laisse en paix et je m'endors tranquillement...

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