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La chasse au MOT

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Les chroniques des Necrals
Seconde chronique des Necral : Liel


   Cette chronique prend place en l'an 565 du calendrier druidique. Mikaïl Necral vient de conquérir le château de Narlach. Sara et Misa Necral sont en fuite.

   Depuis maintenant plusieurs heures, nous fuyons le château assiégé par Mikaïl.
   Des douze humains qui nous accompagnaient dans notre fuite, seul Liel, le jeune garçon de dix ans inconscient que je porte dans mes bras, a survécu à l'embuscade qui nous attendait à la sortie du sous-terrain.
   Il reste près de trois heures avant l'aube et nous faisons halte. L'état de Liel est critique. Il ne survivrait pas si nous poursuivions notre route.
   "Je retourne sur nos pas effacer nos traces et éliminer d'éventuels poursuivants.", me dit Misa avant de disparaître entre les arbres, buissons et rochers qui recouvrent la montagne.
   Liel s'éveille...
   Nos regards se croisent...
   "Je vais mourir moi aussi...", constate-t-il simplement.
   Dans sa voix transparaît une résignation, une reddition face à la mort qu'un enfant de dix ans ne devrait pas éprouver.
   Mais il a raison. Ses fractures sont trop nombreuses ; il ne passera pas la journée à venir.
   "Il y a une autre solution...", lui dis-je. "Je peux t'offrir mon sang, mon éternité..."
   Il réfléchit quelques secondes...
   "Non.", dit-il enfin avec un petit sourire. "A part vous et dame Misa, toutes les personnes que je connaissais sont mortes... Mon père, ma mère, ma petite sœur, mes amis... Je vais mourir et mon âme les rejoindra..."
   Comment un garçon aussi jeune peut-il attendre la mort aussi sereinement ? Maudit sois-tu, Mikaïl, d'avoir détruit tant de vies !
   "J'ai une faveur à vous demander dame Sara.", reprend-il.
   Des larmes écarlates commencent à voiler ma vision...
   "Tout ce que tu voudras !"
   "J'aimerais mourir de votre étreinte, que vous preniez mon sang comme une dernière marque de ma reconnaissance pour la bonté dont vous avez fait preuve à mon égard tout au long de ma vie. Vous avez fait bien plus pour moi que la fille d'un Duc ne le doit à un simple serviteur..."
   Deux filets rouges maculent maintenant mes joues pâles... De vieux souvenirs remontent à la surface...

   C'était il y a 10 ans... Misa et moi venions de fêter nos 15 ans...

   Maralina, la servante chargée de s'occuper de moi depuis maintenant plus de dix ans, vient de mettre au monde son premier enfant. Elle le tient dans ses bras et le berce doucement.
   Elle lève les yeux et m'aperçoit assise sur le lit, devant elle.
   Un sourire éclaire son visage et elle me tend ce minuscule petit être. Je le prends délicatement dans mes bras...
   "Il s'appelle Liel.", me dit Maralina avec un regard empli de fierté dans sa direction. "C'est un nom elfique. Il est symbole de longévité..."

   Longévité...
   Il n'a que dix ans et il va mourir...
   J'écarte délicatement ses cheveux pour libérer sa gorge. Mes lèvres effleurent sa peau... Mes canines percent son cou... Son sang s'écoule lentement en moi...
   Son visage est toujours aussi serein...

   Je sens mon sang quitter lentement mes veines et, avec lui, ce qu'il me reste de vie...
   Elle cesse de boire... Sa bouche quitte ma gorge... Les plaies de mon cou se referment presque instantanément sous l'effet cicatrisant de sa salive... Elle me regarde... Ses longs cheveux dorés cascadent sur ses épaules d'albâtre... Dans ses yeux verts rougis par ses larmes, je vois une tristesse infinie... Mais aussi un espoir que je change encore d'avis et rejoigne son éternité...
   Contre ma poitrine, je sens la courbe de ses seins... Sa chair est dure comme la pierre et pourtant étrangement souple...
   Il me suffirait d'un signe pour que, comme jadis ma mère me nourrissait de son lait, elle entaille sa peau et me nourrisse de son sang...
   Un instant, je suis tenté d'accepter cette proposition, cette supplication qui brille dans son regard... Rien que pour y enlever cette tristesse immense...
   Mais au fond de moi, je sais que je le regretterais... Que l'éternité n'est pas pour moi... Que j'ai fini ma route en ce monde...

   Quand il ferme les yeux et pose sa tête sur mon épaule, je sais qu'il a fait son choix...
   Mes dents percent à nouveau la chair de son cou, le sang afflue et emplit à nouveau ma bouche...
   Je revois ce petit garçon d'un an, fier de ses premiers pas... Cet enfant de trois ans qui fut le premier à me tendre son petit bras pour m'offrir quelques gorgées de son sang... Ce garçon de sept ans, qui se présente devant moi et m'avoue, honteux, qu'il a perdu le message que je l'ai chargé de transmettre à ma mère... Ce visage rougissant quand, il y a seulement un mois, je le surpris à m'espionner alors que je prenais mon bain...
   Les battements de son cœur faiblissent... S'espacent de plus en plus...
   Les dernières gouttes de son sang franchissent mes lèvres... Son petit cœur se tait à jamais...
   Mes lèvres quittent son cou et j'observe une dernière fois ce jeune garçon qui vient de mourir dans mes bras… Celui qui remplaça un temps ce fils que ma nature vampirique m'empêchera à jamais de mettre au monde...

   Je suis agenouillée devant le petit monticule de terre sous lequel repose le corps de Liel. J'ai planté à coté un petit rondin de bois sur lequel j'ai gravé son nom.
   Misa est de retour. Un simple regard vers la tombe suffit à lui faire comprendre ce qui s'est passé...
   Elle s'agenouille derrière moi et passe ses bras autour de mes épaules pour me réconforter....
   Les larmes écarlates continuent de couler sur mes joues et s'infiltrent dans la terre fraîchement retournée...
   L'aube approche.
   Un dernier regard vers la tombe et Misa m'entraîne vers une caverne qu'elle a trouvé à quelques centaines de mètres de là...

   La nuit suivante, quand Sara et Misa reprirent leur route, un petit frêne aux feuilles rouges sang trônait sur la tombe de Liel, là où la terre avait accueilli les larmes de Sara Necral...

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